Diacres et diaconesses

François JÉQUIER

Signification du terme

Le mot diacre vient d’un mot grec qui veut dire serviteur (diaconos). Il a différentes acceptions dans le Nouveau Testament. Il peut signifier:

  1. Celui qui sert aux tables (Jn 2.5). Dans Ac 6.1-6, les sept qui sont consacrés pour « servir aux tables » ne sont pas appelés diacres, mais leur service est le même. Nous y reviendrons. Le même terme s’applique au serviteur qui sert son maître (Lc 17.8). Il s’applique également au maître (Jésus) qui s’abaisse pour servir ses disciples (Lc 12.37 ; 22.27).
  2. Dans un sens plus large, il désigne le travail domestique et le fait de pourvoir à l’entretien de quelqu’un: Marthe, sœur de Lazare, la belle-mère de Pierre, et d’autres femmes ont ainsi servi Jésus (Lc 10.40; Mc 1.3 Mt 27.55; Lc 3), de même que les anges dans le désert (Mt 4.11). Lorsqu’il s’agit d’un secours en argent procuré aux églises pauvres de Jérusalem par les églises d’Antioche ou de Macédoine, c’est le même mot qui est aussi employé (Act 11.29; Ro 15.25; 21; 2 Co 8.4 ; 9.1).
  3. Dans un sens encore plus général, on parlera de ministères (1 Co 12.4), de service des saints (1 Co 16.15) ou du service rendu au Seigneur (Jn 12.26). Timothée (1The3.1-3), Tychique (Co 4.7), Onésiphore (2Ti 1.18) sont de tels serviteurs, et Paul, apôtre, plus encore que les autres (Eph 3.7).
  4. Ce terme est enfin appliqué à certaines fonctions telles que celle du magistrat (Ro 13.4) ou celle des anges (Hé 1 :14).
  5. Mais ce qui nous intéresse ici, c’est le ministère particulier de diacre dans l’église en tant que fonction permanente dans une église locale. Il est mentionné au moins trois fois dans le Nouveau Testament: Ph 1 :1 – aux évêques et aux diacres; 1 Ti 3.8 – les diacres doivent être…: Ro 16:1- Phoebé, notre sœur qui est diaconesse de l’église de Cenchrée. Dans Ro 12.7, il est question de celui qui est appelé au diaconat. On traduit quelquefois par ministère, dans un sens large.

La naissance de ce ministère

Pour bien comprendre quelle était primitivement la tache des diacres, on ne peut pas ne pas revenir au texte de Act 6.1-6 déjà cité. Il y a eu à cette époque une crise de croissance dans 1′église qui a finalement donné naissance à une bénédiction, c’est-à-dire à un nouveau ministère. C’est remarquable que ce ministère de diacre ait été donné à l’église avant tous les autres que nous voyons ensuite mentionnés dans les Actes. Il est venu satisfaire un besoin d’ordre et d’équité et il est devenu un facteur de progrès spirituel dans l’église (Ac 6.7). Plus tard, il semble prendre sa place tout naturellement dans la structure des églises locales à côté du ministère des anciens (Ph 1.1).
La source de ce ministère

Les apôtres avaient reçu du Seigneur la plénitude du ministère. Mais ce ministère de Christ était, en quelque sorte, double. Luc a raconté tout ce que Jésus a commencé « de faire et d’enseigner » (Ac 1.1). Jésus était venu pour restaurer physique­ment et surnaturellement son peuple. Il faisait du bien, guérissant tous ceux qui étaient sous l’empire du diable, nourrissant aussi les foules (la multiplication des pains) et pourvoyant aux besoins des siens (Lc 22.35). Il s’agissait d’un service essentiellement spirituel, mais qui devait satisfaire des besoins matériels et temporels. Il a aussi exercé le ministère de la parole. Mais il s’est préoccupé, on pourrait presque dire, par priorité, des besoins physiques. C’était une forme de prédication en action qui suscitait la foi et ouvrait les cœurs à son enseignement

Les apôtres avaient le même ministère de miracles et d’enseignement (Ac 2.42,43). Mais au chapitre 6 des Actes, nous assistons à une sorte de délégation de pouvoir. Les apôtres gardent pour eux la « diaconie » de la parole (v. 4) et remettent aux diacres une pallie, tout au moins, de leurs charges administratives et matérielles. Ceux-ci sont appelés au « service des tables » et, d’une façon générale, à une certaine administration et répartition des biens matériels de la communauté.

Il n’est donc pas sans importance de souligner que la source du ministère est en Christ, le diacre par excellence. Et ne perdons jamais de vue, non plus, le caractère spirituel de ce minis­tère, même s’il s’agit de la gestion de choses matérielles. Qu’est-ce à dire?

Un ministère spirituel

C’est un ministère de l’Esprit. Il fallait que les diacres d’Actes 6 soient des hommes pleins d’Esprit-Saint et de sagesse. C’est un ministère de foi qui peut s’accompagner de miracles. Etienne était plein de foi et d’Esprit-Saint et de grands mi­racles ont accompagné son mi­nistère comme celui de Philippe.

Ce serait une erreur de considé­rer que les dons naturels d’un homme ou ses qualifications professionnelles suffisent pour une telle charge. Cette charge n’exclut pas les compétences professionnelles, au contraire, mais celles-ci doivent être subordonnées au Saint-Esprit. Etre rempli de l’Esprit implique qu’on ait reçu certains charismes, et qu’on manifeste le fruit de l’Esprit qui est l’amour. Par ailleurs, 1 Ti 3.8-13 donne une liste de qualifications essentielles pour le diacre. Celles-ci se résument dans le fait d’être quelqu’un de fidèle qui porte un bon témoignage dans l’administration de sa propre maison et qui a prouvé qu’en plus de sa piété, il a aussi des aptitudes pour gérer les affaires de l’église.

La nature de ce ministère

Il est dit dans 1 Ti 3.2 que l’ancien doit être propre à l’enseignement. Cette condition n’est pas requise d’un diacre. Il apparaît également, dans Actes 6.1-6, que leur tâche première est d’abord de s’occuper des affaires matérielles et administratives.

On peut aisément concevoir tout l’avantage énorme que procure aux pasteurs et anciens de l’église le ministère des diacres qui se consacrent à l’entretien des bâtiments, des salles et des choses, à la trésorerie et la comptabilité, à la surveillance de l’ordre dans les réunions, de l’accueil des gens de l’extérieur, à la distribution des secours matériels ou à leur envoi sur les champs de mission, etc, … Les diacres et les diaconesses peuvent également prendre en charge certaines visites de malades ou gens nécessiteux, ou certaines réunions au niveau des enfants ou des jeunes. Tout ceci en accord avec le conseil des anciens, et selon les charismes et possibilités de chacun.

Grande est la bénédiction spirituelle qui repose sur une église où ces genres de fardeaux sont joyeusement partagés. Mais pauvre est l’église dont les membres sont quelquefois obnubilés par le seul ministère « spirituel » de la parole donnée du haut d’une chaire, et qui restent aveugles aux besoins matériels. Jésus n’a pas reproché à Marthe de le servir. Il lui reprochait simplement de négliger dans son service la part essentielle choisie par Marie, la communion de sa parole, la prière et l’adoration. Cette part-là est toujours primordiale. Mais Jésus lui-même a enseigné à ses disciples la valeur du ministère de diacre.

Valeur de ce ministère

Les apôtres, en effet, ont souvent dû faire le service de diacres. Ils devaient répartir les gens par cent ou par cinquante sur l’herbe. Ils devaient distribuer le pain et ramasser les morceaux qui restaient après la réunion. Ils devaient accueillir les gens (même s’ils éprouvaient parfois plus le désir de les refouler!). Ils devaient chercher les provisions (Jn 4) ou chercher un âne et préparer la chambre haute, etc… Ils auraient dû se laver les pieds les uns aux autres. Et là, Jésus, comme dans maintes autres occasions, les a pris au dépourvu et leur a donné une leçon mémorable. Qui pourrait prétendre après cela que le service le plus humble est indigne d’un apôtre?

Il n’est pas normal de sous-estimer le service du diacre ou de la diaconesse comme s’ils étaient inférieurs à d’autres ministères dans l’église. Il n’y a pas, dans l’église, une organisation pyramidale ou hiérarchique qui place les uns en bas de l’échelle sociale et les autres au sommet ! Les appels du Seigneur sont souverains, qui rendra à chacun selon la fidélité avec laquelle il se sera acquitté de sa tache, quelle que soit sa fonction.

Les diacres doivent pouvoir compter aussi sur l’aide et la collaboration active de toute l’église et ils sont quelquefois appelés eux-mêmes à des taches beaucoup plus é1evés, comme Etienne et Philippe. A celui qui est trouvé fidèle dans les moindres choses, Dieu peut en confier de plus grandes.

L’appel de diacre

Reconnaissons, donc, que l’appel de diacres ou de diaconesses a une grande importance dans l’église. Dans Actes 6, cet appel a été revêtu de solennité et accompagné de prière avec l’imposition des mains des apôtres. Nous avons connu un serviteur de Dieu qui, avant de servir comme prophète (et pas des moindres) fut appelé, un jour comme diacre dans son église. Très ému de ce qui lui était arrivé, il avait pleuré. A la sortie du service, comme quelqu’un lui exprimait sa surprise à la vue de ses larmes (tu n’es que diacre, après tout, ce n’est pas l’appel à l’apostolat!), cet homme de Dieu avait répondu : « le même Seigneur qui appelle les diacres est aussi celui qui appelle les apôtres ».

Nous sommes réjouis lorsque le Seigneur donne des apôtres et des prophètes. Mais que serait une église où il y aurait plus d’apôtres que de diacres, par exemple ? Serait-elle davantage apostolique pour autant ? Certainement pas. Prions donc pour que le Seigneur nous donne en suffisance tous les ministères locaux dont nous avons besoin dans nos églises.

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